Ce que tu vas découvrir dans cette édition

  • L'état de nos finances publiques en 3 chiffres

  • Les 3 catégories d'administrations qui se partagent notre argent, et qui est responsable du déficit

  • Pourquoi le Parlement vote 1 778 Mds de dépenses quand la France en dépense 1 670 Mds

  • La véritable origine du déficit une fois les comptes consolidés, et ce que les retraites viennent faire là-dedans

  • Pourquoi ce constat devrait s'inviter dans tous les programmes de 2027

Temps de lecture : < 7 min

QUELQUES INFOS

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L’ÉDITION DU JOUR

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Pourquoi je te parle de ça ?

Depuis un an, à force de suivre d'excellents comptes qui parlent économie sur LinkedIn, j'ai commencé à regarder sous le capot des finances publiques.

Le tableau qu'on dépeint de notre belle France est souvent pessimiste :

  • une croissance en berne,

  • une pression fiscale parmi les plus élevées au monde,

  • un déficit qu'on peine à réduire et une dette qui continue de galoper.

Et le débat se polarise en visions du monde irréconciliables.
Une idéologie contre une autre.

Et nous, citoyens, on nous demande presque de choisir notre camp.
Gauche ou droite.
Noir ou blanc.
Plus de nuance…

Pour se forger une opinion, on peut pourtant se baser sur des faits.
C'est ce que j'ai voulu faire en creusant le fonctionnement des finances publiques.

Dans un des pays les plus taxés au monde, où va notre argent ?
Comment est-il utilisé ?
Et pourquoi ai-je le sentiment (et je crois qu'il est partagé) que notre France décline malgré tout ?

Dans ce voyage vers plus de compréhension, j'ai rencontré Jean-Pascal Beaufret, ancien directeur général des impôts.
Il milite aujourd'hui pour la transparence des comptes publics.

Je n'ai pas compris tout de suite où était le problème.

Alors il m'a d'abord parlé de ses conséquences : on a enregistré une première vidéo il y a 10 mois sur le poids des retraites dans nos finances publiques, et sur la nécessité de réformer le système si on veut un jour sortir la tête du trou qu'on creuse année après année.

Puis je lui ai proposé d'enregistrer une nouvelle vidéo.
Pour mettre le doigt sur LE problème.

Celui qui devrait mettre tout le monde d'accord, car il n'est pas questionnable. Ce n'est pas un sujet d'idéologie, d'avis ou de vision. C'est un fait :

Les comptes publics tels qu'ils sont présentés au Parlement et aux citoyens ne reflètent pas la réalité.

Ça paraît dingue, mais les parlementaires votent la loi de finances et la loi de financement de la Sécurité sociale chaque année sur des chiffres qui ne correspondent pas à la réalité. Des artifices comptables (des transferts entre administrations) maquillent l'origine des déficits publics.

On ne met donc jamais le doigt sur le problème.
Et sans problème, pas de solution.

J'ai mis plusieurs mois à comprendre que ce sujet était la mère de toutes les batailles : pour notre débat démocratique, et pour trouver les solutions qui redresseraient nos finances publiques.

Aujourd'hui, je publie donc notre nouvelle vidéo avec Jean-Pascal Beaufret, qui décrit le vrai problème de la manière la plus claire et la plus pédagogique possible.

Tu peux la retrouver ici :

Et dans la suite de cette édition, je t'explique pourquoi c'est un sujet d'intérêt général pour les échéances de 2027.

Car à force de voir le mur arriver, on va réellement se le prendre….

- 2 -
Le constat

Posons d'abord l'état de nos finances publiques, sur 2024, la dernière année entièrement décortiquée :

  • Recettes : 1 500 milliards d'euros

  • Dépenses : 1 670 milliards d'euros

  • Déficit : 170 milliards d'euros, soit 5,8 % du PIB (INSEE)

Ce déficit s'ajoute année après année à une dette déjà colossale : 3 460 milliards d'euros fin 2025, soit 115,6 % du PIB (INSEE).

Jusque-là, rien de neuf.
Mais posons une question de bon père de famille : quelle est l'origine de ce déficit ? En d'autres termes, quelles sont les dépenses qui le provoquent ?

Car si j'ai une fuite, autant l'identifier. C'est la condition pour la colmater.

- 3 -
L'origine du déficit (celle qu'on nous présente)

Un peu de contexte d'abord…
Nos administrations publiques se répartissent en 3 catégories :

  • APUC (administrations publiques centrales) : l'État et son millier d'opérateurs, universités, centres de recherche, France Travail.
    Environ 500 milliards de dépenses.

  • APUL (administrations publiques locales) : les collectivités locales avec nos 35 000 communes, intercommunalités, départements, régions.
    Environ 330 milliards.

  • ASSO (administrations de Sécurité Sociale) : la Sécu et ses 5 branches (maladie, accidents du travail, famille, vieillesse, autonomie), plus l'assurance chômage et les retraites complémentaires.
    Environ 900 milliards, plus de la moitié de la dépense publique française

Chacune a son budget, avec des recettes et des dépenses affectées.

Sur les 170 milliards de déficit public, voici la répartition officielle, celle des documents budgétaires présentés au Parlement (chiffres INSEE, 2024) :

  • APUC (l'État) : -154 milliards, l'essentiel du déficit

  • APUL (collectivités locales) : -17 milliards

  • ASSO (Sécurité sociale) : +1 milliard

Dans ces chiffres, la Sécurité sociale paraît excédentaire.
Si elle ne contribue pas au déficit, pourquoi donc vouloir la réformer ?

- 4 -
Le loup

Sauf qu'il y a un loup et le voici :

  • Le montant des dépenses publiques 2024, validé et envoyé à Bruxelles : 1 670 milliards d'euros.

  • Le montant des dépenses votées par les parlementaires la même année : 1 778 milliards.

  • Mais où sont donc passés ces 108 milliards supplémentaires votés par le Parlement ?

C'est là que se joue l'essentiel, et le drame de nos finances publiques : le Parlement vote sur des comptes non consolidés, transferts entre administrations inclus.

Qu’est ce que donc un transfert ?
C'est quand une administration en finance une autre.
Si on ne comprend pas cette mécanique, on ne comprendra pas pourquoi nos finances publiques sont dans un tel pétrin.

Prenons l'exemple de notre précédente vidéo sur les retraites :

  • Pour équilibrer les retraites des fonctionnaires, l'État (APUC) verse des subventions d'équilibre à la Sécurité sociale (ASSO)

  • C'est une dépense pour l'État. Et une recette pour la Sécu.

  • Dans les comptes présentés au Parlement, rien n'est neutralisé : la somme est comptée deux fois.
    Une fois en dépense auprès de l'État, une fois en dépense finale auprès de la Sécu.

Et ce n'est qu'un flux parmi d'autres : l'État verse aussi des dotations aux collectivités locales, et à la Sécurité sociale.

Additionne tous ces flux croisés, et tu obtiens l'écart : 1 778 milliards votés, pour 1 670 milliards de dépenses réelles.

Aucun comptable digne de ce nom ne ferait ça.
Aucun groupe coté ne pourrait publier ses comptes de cette manière : compter à la fois le virement de la maison mère à sa filiale et la dépense de la filiale.

La conséquence de cette mécanique est vicieuse : le montant total du déficit français (les 170 milliards) est juste.
Mais son origine est fausse.

- 5 -
La véritable origine du déficit

Jean-Pascal Beaufret a refait ce travail de consolidation : présenter les comptes de chaque catégorie d'administrations avant ces fameux transferts (on les détaille dans la vidéo).

J'insiste : il n'y a dans ces chiffres aucune idéologie, aucune manœuvre politicienne.

Ce sont des données publiques, issues de l'INSEE, que chacun pourrait réconcilier avec un peu (ou beaucoup) d'huile de coude.
Personne ne les conteste : ils sont justes.

En revanche, la conclusion déplaît à la classe politique, car elle recentre le véritable débat.

Mais avant d'en parler, constate par toi-même :

L'origine des déficits une fois les comptes consolidés :

  • APUC (État) : -34 milliards (contre -154 affichés)

  • APUL (collectivités locales) : -66 milliards (contre -17 affichés)

  • ASSO (Sécurité sociale) : -69 milliards (contre +1 affiché)

Et ce n'est plus du tout la même histoire.

Dans la version non consolidée, l'État portait 90 % du déficit (154 milliards sur 170).
En réalité, il en porte 20 %.

Les collectivités locales, près de 40 %.

Et le modèle social (censé être équilibré par nature, puisque financé par des cotisations et des impôts affectés) porte les 40 % restants.

Creuse encore l’origine du déficit, et tu découvres qu'une bonne partie vient du système de retraite par répartition : environ 80 milliards du déficit 2024 (quasiement la moitié), selon les travaux de Beaufret. On s'endette aujourd'hui ( et on endette nos enfants) pour payer les pensions des retraités d'aujourd'hui.

Les politiques commencent d’ailleurs à en parler :

  • François Bayrou : « 50 % de notre dette publique vient des retraites » (Commissariat au Plan, 2022, repris dans son discours de politique générale, janvier 2025).

  • Édouard Philippe écrit dans son livre (juin 2025) que nous nous sommes « caché la vérité » sur les retraites par des « tours de passe-passe comptables ».

  • Bernard Cazeneuve, tribune d'avril 2024 : « les retraites contribuent à 70 milliards de déficit public par an »

Voilà pourquoi la transparence des comptes publics est essentielle.

Sans constat partagé, pas de débat démocratique intelligent.
On reste dans l'émotion, l'idéologie et la démagogie.

Et sans constat clair avant 2027, comment veux-tu que les programmes des candidats disent honnêtement où faire les efforts ?

Pour comprendre plus en détail, on explique tout ça avec Jean-Pascal Beaufret dans notre dernière vidéo, ici : https://youtu.be/o7DP_cpSjdQ

PS : J’espère ne pas t’avoir plombé le moral, les solutions existent, il faut simplement se réveiller 😉

Comment as-tu trouvé cette édition ?

N'hésite à nous laisser ton avis, feedback ou suggestion :)

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