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Hello,

Ravi de te retrouver pour une rentrée financière et économique qui s’annonce… palpitante 😬

Nos finances publiques reviennent sur le devant de la scène. Et pour cause : la dette française a franchi un nouveau cap.

  • 3 345 milliards d’euros fin mars 2025

  • Soit 114 % du PIB (toute la richesse produite en une année)

  • Environ 50 000 € par Français… enfants compris

👉 Derrière ces chiffres vertigineux, une question simple : d’où vient tout ce déficit ?

La semaine dernière, j’ai eu la chance d’échanger pendant deux heures avec Jean-Pascal Beaufret, haut fonctionnaire et ancien DG des impôts pour préparer un prochain enregistrement pour notre nouvelle chaîne Youtube Decomplex (abonne-toi, on lance bientôt !)

Et cette rencontre m’a ouvert les yeux : l’opinion publique (moi y compris 😅) n’a pas une vision claire du poids réel de certaines dépenses dans notre déficit.
C’est notamment le cas des retraites, un sujet aussi central que sensible.

Dans cette édition, on va voir ensemble ce que les chiffres officiels ne disent pas… et comment les retraites pèsent beaucoup plus lourd dans la dette publique qu’on ne le pense.

Guillaume
Créateur des feuilles volantes®
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Comment fonctionne la dette publique ?

La dette publique, c’est l’ensemble des emprunts contractés par l’État, les collectivités locales et la Sécurité sociale pour financer la différence entre leurs dépenses et leurs recettes.

Contrairement à un crédit immobilier, la dette de l’État ne se rembourse jamais vraiment : elle "roule". Chaque année, une partie est remboursée… mais immédiatement remplacée par de nouvelles émissions d’emprunt. A cela s’ajoute le déficit public que l’on doit financer chaque année.

Et ce déficit n’est pas récent : depuis 1974, la France n’a jamais voté un budget équilibré.

En 2024, le déficit public s’élevait à 5,8 % du PIB.

Pour réduire un déficit, il n’y a que deux options :

  1. Augmenter les recettes (donc les impôts ou espérer une croissance forte).

  2. Réduire les dépenses.

Dans un pays déjà champion du monde des prélèvements obligatoires, difficile de faire avaler de nouveaux impôts.
La vraie bataille se joue donc du côté des dépenses publiques.

Où va notre argent ?

Sur 1 000 € de dépenses publiques, 561 € vont à la protection sociale (santé, retraites, allocations familiales, autonomie, etc.).

C’est le montant qu’il faut en 2024 pour faire fonctionner notre modèle social français.

Répartition de 1 000 € de dépenses publiques en 2024
Source : Insee

Et parmi ces dépenses sociales, deux postes écrasent tout : la santé et surtout les retraites.

Il est donc légitime de s’interroger sur la contribution au déficit global (les fameux 5,8% du PIB en 2024) des retraites.

Notre système de retraite : équilibré ou déficitaire ?

Notre système de retraites repose sur la répartition : les actifs financent directement les pensions des retraités.
Mais derrière ce principe simple, la machine est devenue une usine à gaz avec ses 42 régimes différents (dont les fameux régimes spéciaux).

Alors, ce système est-il équilibré ?
À cette question, les comptes publics officiels ne permettent pas de répondre clairement.

  • Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) affiche un solde excédentaire de +3 % en 2024.

  • Mais Jean-Pascal Beaufret, haut fonctionnaire et ancien DG des impôts, a refait les calculs.
    Et son constat est implacable : en réalité, le système de retraites contribue à hauteur de -81 Mds€ au déficit public en 2024 (soit 2,8% du PIB 🫣).

Il livre ses travaux dans une note que tu peux retrouver ici.
Personne n’a aujourd’hui contredit sérieusement ses chiffres. Ils ont d’ailleurs été repris par plusieurs personnalités politiques (François Bayrou dès 2022, Bernard Cazeneuve mais également Edouard Philippe).

Le vrai trou, ce n’est pas la Sécu. C’est celui des retraites…
Les cotisations et impôts ne couvrent que 80% des besoins (pensions des retraités + charges de fonctionnement des différents régimes).

Le déficit des retraites en 2024 s’établit à 81 Mds €, soit 2,8% du PIB

Pourquoi un tel écart ?

Pourquoi une telle différence ?
Pourquoi le COR affiche un excédent alors que les chiffres de Jean-Pascal Beaufret semble incontestable ?
Tout est une affaire de présentation comptable.

  • Dans ses rapports, le COR considère que les "subventions d’équilibre" versées par l’État (surtout pour équilibrer les retraites des fonctionnaires) sont… des cotisations.

  • Ces “surcotisations” sont payés par les administrations publiques pour équilibrer les régimes

  • Résultat : les retraites apparaissent artificiellement équilibrées, alors qu’elles pèsent massivement sur le budget de l’État.

On comprend mieux avec un exemple :

  • Dans le privé, les cotisations retraite représentent 28 % du salaire brut (déjà parmi les plus élevées d’Europe composés de 17% de cotisations payées par l’employeur et 11% par le salarié).

  • Dans le public, les cotisations explosent :

    • 137 % pour un fonctionnaire militaire

    • 85 % pour un fonctionnaire civil

    • 42 % pour les collectivités locales et hôpitaux

Tout ce qui dépasse 28% (le taux de cotisation du secteur privé) peut être considéré comme une surcotisation, une subvention des administrations publiques pour équilibrer le système.

Subventions (ou surcotisations) des régimes des fonctionnaires
Source : Institut Molinari

De son côté, pour présenter les comptes retraites, le COR prend en compte les chiffres APRÈS subventions de l’Etat. Forcément, c’est équilibré…

Pourtant ces subventions, ce sont bien nos impôts et notre dette qui les financent. Mais à hauteur de combien ?

La contribution des retraites au déficit public

Dans une intervention en 2024, François Lenglet chez David Pujadas reprenait les chiffres de Jean-Pascal Beaufret avec un graphique saisissant :

Rien que pour 2024, le déficit retraite de 81 Mds € représente 2,8% du PIB et plsu de la moitié du déficit global 2024.

Mais entre 2017 et 2023, 44 % de l’augmentation de la dette publique vient des retraites (contre 26 % pour le Covid + la guerre en Ukraine).

Avant 2020, les retraites contribuaient à hauteur de 100 % du déficit public.

Autrement dit : la France s’endette massivement chaque année pour payer les retraites. Et cette dette, ce sont aujourd’hui 50 000 € par Français… dès la naissance et c’est autant d’argent qui n’est pas utilisé pour des dépenses productives ou des dépenses d’avenir.

Que penser de tout ça ?

À première vue, on pourrait croire que le déficit des retraites vient uniquement des régimes des fonctionnaires.
C’est vrai… mais seulement en partie. Ils pèsent lourd, mais reste 2/3 du problème seulement.

Le reste du système (dont le régime général) est lui aussi déficitaire et subventionné. L’inéluctable réforme du système devra donc englober tous les régimes, pas seulement ceux des fonctionnaires.

Et si on se dit que tout vient de la démographie ? Là encore, c’est en partie une illusion.
On entend souvent dire : “il y a de moins en moins de cotisants pour financer de plus en plus de retraités”.
C’est vrai que le ratio de dépendance (nombre de retraités rapporté au nombre d’actifs) se dégrade : en France, il est autour de 34 % (1 retraité pour 3 actifs il y a 50 ans, contre presque 1 pour 2 aujourd’hui).

Mais ce n’est pas la seule explication.
Car nos voisins européens connaissent la même évolution démographique (33 % en moyenne dans l’UE). Pourtant, la part des retraites dans notre PIB français est +2,3 points plus élevée qu’ailleurs, soit environ 60 et 80 milliards de dépenses supplémentaires chaque année.

Cela veut dire que ce qui pèse dans notre système, ce n’est pas seulement le nombre de retraités, mais surtout la générosité des dispositifs (on part plus tôt avec des pensions plus élevés que nos voisins européens), difficilement visibles dans les comptes publics.

En résumé :

  • Ce n’est pas qu’un problème de fonctionnaires.

  • Ce n’est pas qu’un problème de démographie.

  • C’est beaucoup plus complexe… et surtout beaucoup moins transparent qu’on veut bien le croire.

  • Mais ce qui est sûr, c’est que les retraites sont trop élevés en France et contribuent à l’augmentation de la dette (que les générations à venir devront payer, d’une manière ou d’une autre)

🎥 On rentrera dans le détail de tout cela très bientôt dans une vidéo sur notre nouvelle chaîne Youtube Decomplex avec Jean-Pascal Beaufret (on tourne l’épisode la semaine prochaine 🤩).

Un échange sans filtre, pour comprendre enfin l’impact réel des retraites sur la dette publique française.

Hâte de te partager tout ça !
D’ici là, garde le moral 😅

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