Hello,
Un mot rapide avant de démarrer l'édition de cette semaine : demain mardi 6 octobre à 20h, j'organise un live d’éducation financière avec Christophe Faglin, conseiller en gestion de fortune avec qui j'ai créé Wiz Patrimoine.
Le thème : comment construire un patrimoine antifragile.
Cette rentrée 2026 baigne dans l'incertitude : un contexte géopolitique tendu (Ukraine, Iran…), une hausse des prix de l'énergie et des matières premières qui ravive l'inflation, et une situation économique française dégradée (déficit en hausse, taux à 10 ans au-dessus de 4 %).
L'avenir a toujours été incertain. Mais dans ce contexte, il est sain de se poser la question : comment construire un patrimoine vraiment diversifié, capable d'encaisser plusieurs scénarios ?
Les 100 places sont parties en 2h, j'ai donc cassé la tirelire pour augmenter le nombre de participants 😉
Pour réserver votre place à ce live d'éducation financière demain mardi à 20h, c'est ici :
DANS CETTE EDITION…
Temps de lecture : < 7 min
Ce que tu vas découvrir dans cette édition
Où partent les 120 € d'un plein de gazole, étage par étage
Pourquoi 56 € de ce plein sont incompressibles
Les CEE : ce dispositif qui pèse 7 € sur ton plein sans apparaître sur ton ticket
Comment l'État encaisse 6 € de taxe calculée sur une autre taxe
Ce que coûterait la seule baisse vraiment possible, et pourquoi elle n'arrive pas
À parcourir dans cette édition
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L’ÉDITION DU JOUR
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Ce qu'il y a dans un plein à 120 €
Mi-septembre, un plein de gazole coûte 120 €.
C'est +50 % de plus qu'il y a un an.
Alors la question est légitime : est-ce qu'on peut faire baisser ce prix ?
En France, on se doute qu'il y a pas mal de fiscalité là-dedans. On imagine donc qu’une simple décision de baisse de la fiscalité pourrait mécaniquement faire baisser le prix à la pompe. Mais est-ce possible ? Et surtout, est-ce que la France en a les moyens ?
Un plein de gazole de 50 litres à 120 €, ça se décompose comme ça (chiffres de la DGEC, la Direction générale de l'énergie et du climat, relevé du 18 septembre 2026) :
56 € (47 %) : le gazole lui-même
13 € (11 %) : le transport, le stockage, la distribution
31 € (25 %) : l'accise, l'ancienne TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques)
20 € (17 %) : la TVA

La question fondamental : quelle est la marge de manoeuvre du gouvernement pour faire baisser les prix ?
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Le gazole : la part incompressible
Les stations-service et les distributeurs n'achètent pas de pétrole brut.
Ils achètent du gazole déjà raffiné, coté chaque jour sur le marché de Rotterdam.
Ils s'approvisionnent en continu, au prix du jour. C'est pour ça que le prix à la pompe change lui aussi tous les jours.
Dans la formation de ce prix, il y a deux grandes composantes :
Le pétrole brut : La France en importe 99 %. C'est un prix mondial, fixé par l'offre et la demande. Les tensions géopolitiques avec la Russie et la fermeture du détroit d'Ormuz pèsent directement sur le prix du baril qui impacte donc à la hausse le prix des produits raffinés.
Le raffinage : Le pétrole brut est raffiné en différents produits finis (gazole, essence, fioul, kérosène, etc.). L'écart entre le prix d’un panier de produits raffinés et celui du brut s’appelle la marge brute de raffinage : c’est ce que gagne une raffinerie en transformant un baril de brut en carburants.
Cette marge est beaucoup plus élevée qu'il y a quelques mois. L'indicateur suivi par la DGEC est à 39,5 dollars par baril en septembre, contre 8,72 dollars en moyenne en 2025. Plus de quatre fois plus.

La raison principale réside dans la demande en gazole. L'Europe en manque, faute de capacité de raffinage suffisante et la France importe environ la moitié de celui qu'elle consomme.
Une raffinerie ne peut pas décider de sa marge : c'est l'écart entre deux prix de marché.
En revanche, l'État peut taxer les superprofits. Il l'a fait sur les bénéfices de 2022, avec une « contribution temporaire de solidarité » : 33 % sur la part des bénéfices qui dépassait de 20 % la moyenne des années précédentes (loi de finances pour 2023, en application d'un règlement européen). Elle a rapporté environ 100 millions d'euros.
Mais elle n'a pas fait baisser le prix à la pompe.
Cette fois, Total Energies a pris les devants en plafonnant ses prix dans ses stations : 1,99 € le litre d'essence et 2,25 € le litre de gazole.
Bref, presque la moitié de ton plein est une part incompressible qui dépend de l’offre et de la demande et du contexte mondial.

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La distribution et le stockage
Deuxième étage : 13 €, soit 11 % du plein.
C'est le transport, le stockage et la station-service.
Là aussi, peu de marge de manœuvre. La marge nette d'une station tourne entre 1 et 3 centimes par litre. Sur ton plein : entre 0,50 € et 1,50 €.
Par contre, dans ces coûts de distribution, il y a quelque chose qui est apparu il y a quelques années : les certificats d'économies d'énergie, ou CEE.
Les CEE, qu'est-ce que c'est ?
L'idée de départ : celui qui vend de l'énergie (polluante) doit aussi faire faire des économies d'énergie aux particuliers, collectivités, etc.
Concrètement, ça marche en trois temps :
L'État fixe à chaque vendeur de carburant (Total Energies, Leclerc, etc.) un quota d'économies d'énergie à faire réaliser, proportionnel à ce qu'il vend.
Pour remplir ce quota, le vendeur finance des travaux chez des particuliers ou collectivités, réalisé par un artisan RGE. C'est la « prime CEE ».
En échange, il récupère des certificats, qu'il présente à l'État. S'il n'en a pas assez, il paie une amende.
Un exemple : tu remplaces ta vieille chaudière par une pompe à chaleur. Sur le devis de l'artisan, une ligne « prime CEE » vient réduire la facture. Cette prime, c'est un vendeur d'énergie qui la paie.
Sauf qu'il ne la prend pas sur sa marge. Il la répercute dans le prix du litre : entre 13 et 16 centimes selon les estimations, soit environ 7 € sur ton plein.
Ce n'est pas une taxe au sens strict, l'argent ne passe pas par les caisses de l'État. La Cour des comptes l'appelle pourtant « taxe sur l'énergie ».
Et c'est la seule que tu ne verras jamais écrite. Aucune ligne « CEE » sur ton ticket de caisse.

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La fiscalité
Restent les deux étages de taxes :
L'accise de 31 € : Une accise, c'est une taxe qui porte sur une quantité, pas sur un prix. Tu la paies au litre, comme pour l'alcool, ou au paquet, comme pour le tabac.
Sur le gazole en France, elle est de 60,75 centimes par litre. C'est l'ancienne TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), rebaptisée en 2022.
Son montant est voté chaque année par le Parlement, en loi de finances. Et comme il est fixe au litre, il ne suit pas le prix : que le baril soit à 60 ou à 120 dollars, l'accise ne bouge pas.La TVA : 20 € : 20 % sur tout. Y compris sur l'accise 🫣
Tu as bien lu. Sur tes 20 € de TVA, 6 € sont calculés sur l'accise elle-même. C’est donc une taxe sur une taxe.Au total, la fiscalité représente 51 € sur 120 €, soit 42 % de ton plein.
Alors, l'État s'enrichit donc quand le prix flambe ?
Sur la TVA, oui.
Sur l'accise, non : elle est fixe au litre.
D’ailleurs, la hausse des prix fait baisser la consommation et donc les recettes de l’Etat (on estime à 400 M€ le manque à gagner de l’Etat depuis le début de l’année avec la baisse de consommation).

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Sur quoi agir pour baisser le prix ?
Sur ces 51 €, l'État ne peut pas tout baisser.
La TVA est verrouillée par Bruxelles : les carburants sont exclus de la liste européenne des taux réduits.
Il reste l'accise, où le Parlement décide seul, tant qu'il reste au-dessus du plancher européen : 33 centimes par litre. La France est à 61 (pour le gazole).
Descendre au plancher ferait baisser le litre d’environ 30 centimes. Ton plein passerait de 120 € à environ 105 €, soit 15€ d’économie.
Mauvaise nouvelle : ça coûterait environ 16 milliards d'euros par an.
Et en face, il y a la réalité de nos comptes publics :
Un déficit attendu à 5,4 % du PIB en 2026
Une dette à 119 % du PIB
Un taux d’emprunt français à plus de 4% et 65 milliards d'euros d'intérêts par an, presque autant que le budget de l'Éducation Nationale
54 milliards d'effort à trouver pour boucler le budget 2027
Voilà pourquoi le gouvernement a choisi 450 millions d'aides ciblées plutôt qu'une baisse générale à plusieurs milliards.
Donc oui, techniquement, l'État peut baisser le prix de l’essence. Mais en réalité, il n’en a pas les moyens.
J’explique tout dans une video pédagogique de moins de 10 min sur ma chaine Youtube :

